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Bodyfiction(s)Tout comme la peinture et la sculpture, la photographie se réclame d’une longue tradition où la représentation du corps – de l’homme et de la femme – tient une place importante. Aux cours de ces dernières décennies, la critique de la représentation du corps – particulièrement celui de la femme – a occupé une position centrale dans les débats critiques notamment sous l’impulsion d’artistes-femmes dans la mouvance des revendications féministes.Cible d’attaques répétées, entre autres parce que la représentation du corps de la femme obéissait souvent à certains clichés et conventions esthétiques considérés comme dépassés, la photo esthétisante comme le porno ont été vus comme un domaine purement masculin caricaturant la réalité et l’univers féminin.Certains mouvements féministes y ont vu une atteinte à la dignité de la femme. Les interventions se sont multipliées et les catalogues des musées ont été soumis à un examen méticuleux. Avec un constat attendu : les nus féminins dominent largement les cimaises en comparaison avec les nus masculins.La question du genre ayant maintenant priorité, des groupes de militantes en ont déduit qu’il était temps de changer cela et que la domination du “regard masculin” devait prendre fin.Divers mouvements féministes se sont attaqués aux clichés et fantasmes véhiculés par les magazines ou par le cinéma. L’éventail était large : il couvrait l’image érotique de la femme tout comme son statut social. L’objectif était de “libérer” la femme de la “tradition” et de lui permettre un autre regard sur son corps.Dans les années 60 et 70, cette contestation dans le milieu artistique avait une composante politique très affirmée. S’opposer au regard masculin impliquait d’abord une libération de l’emprise des autorités religieuses et la revendication d’une sexualité propre, souvent en opposition au désir masculin.Cela impliquait une lutte à la fois contre l’idéalisation du corps de la femme – dans les arts, entre autres – et en même temps une lutte contre l’image véhiculée par l’industrie pornographique dominée par une vision purement masculine.Quelque cinquante ans plus tard – si la contestation des modèles et des clichés continue à être présente dans la production artistique – les approches ont bien changé.Un premier constat : l’idéalisation du corps de la femme a été définitivement abandonnée.Deuxième constat : si certaines œuvres créées par des femmes relèvent encore de ce qu’on pourrait considérer comme la manifestation d’une sensibilité qu’on disait jadis “féminine” – la délicatesse, la modération, la retenue – ces sentiments ont été remplacés le plus souvent par des images d’une violence visuelle parfois extrême.L’exposition a été réalisée dans le cadre d’une collaboration internationale de Café-Crème Asbl sous le titre de Bodyfiction(s), exposition du réseau EMoP (European Month of Photography asbl) regroupant les institutions dédiées à la photographie de huit capitales européennes (Athènes, Berlin, Bratislava, Budapest, Ljubljana, Luxembourg, Paris et Vienne. Les autres volets de Bodyfiction(s) peuvent être vus au Luxembourg au Casino Forum d’art contemporain, au Mnha, à la Villa Vauban et à l’Abbaye de Neumünster.Artistes : Carina Brandes, ORLAN, Alix Marie, Katrin Freisager, Arvida ByströmCommissaires : Paul di Felice & Pierre Stiwer